Le Mediator met les médecins mal à l'aise




L'annonce de leur prochaine mise en cause par l'Office national des accidents médicaux (Oniam) dans le cadre de référés expertises n'a pas manqué de faire réagir les médecins.

Confirmant nos informations , l'Oniam a déclaré mercredi que ces référés prévus pour septembre «vis(aient) uniquement à diligenter des expertises permettant d'éclairer les situations» . Et d'ajouter : «Conformément aux pratiques de bonne justice, l'objectif d'une expertise est de permettre un débat contradictoire.» Les prescripteurs de Mediator hors indication (pour perdre du poids et non comme antidiabétique) seront donc bel et bien appelés dans ces expertises par l'Oniam. Ce qui ne signifie évidemment pas qu'ils soient coupables ou qu'à l'arrivée ils devront participer à l'indemnisation des victimes.

Du coup, les médecins, que l'on a jusqu'à présent peu entendus sur le dossier du Mediator, sont aujourd'hui bien obligés de prendre position. Et ce n'est pas chose facile. Car si tous les syndicats sont d'accord pour pointer du doigt les responsabilités des autorités sanitaires, celles du laboratoire Servier sont plus difficiles à mettre en avant. «Nous avions anticipé en portant plainte contre l'Agence du médicament, car nous savions très bien qu'à un moment ou à un autre nous serions impliqués», estime Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France (FMF), troisième force syndicale de la profession. Il est beaucoup plus gêné en revanche pour accuser Servier. «C'est l'Agence qui est censée nous informer de manière objective, poursuit-il. Nous savons que les visiteurs médicaux ont toujours tendance à minimiser les effets secondaires.» Claude Leicher, le président de MG France, le premier syndicat chez les généralistes, s'en sort par une pirouette : «Le premier responsable dans cette affaire, c'est la toxicité du produit. Elle a été masquée par le fabriquant, qui l'a présenté sous un autre jour. Alors qu'il s'agissait d'une amphétamine, il l'a vendu comme un antidiabétique.» Et de rappeler que, dans le procès de l'hormone de croissance, «tout le monde a été absous», y compris les médecins.

Rester en retrait
Michel Legmann, le président du Conseil national de l'ordre des médecins, dit tout haut ce que beaucoup de ses confrères pensent tout bas : «Les médecins n'ont aucune responsabilité dans cette histoire.» Avant d'aller plus loin : «On a essayé de rendre cette affaire compliquée en évoquant les responsabilités dans le cadre de prescriptions hors indication (pour maigrir, NDLR). Or la question est simplement de savoir si le médicament est ou non dangereux. S'il l'est, il l'est pour toutes les prescriptions, que ce soit dans et hors indication !» Seul Michel Chassang, le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) juge qu'«à égalité les responsables sont les autorités sanitaires et le laboratoire. Autrement dit, celui qui a fabriqué le produit et celui qui a autorisé sa mise sur le marché.»

Les syndicats de médecins préfèrent donc rester en retrait et attendre les résultats de l'enquête judiciaire en cours pour déterminer les responsabilités dans l'affaire du Mediator. L'attitude de la FMF, qui a attaqué l'Agence du médicament, est très loin de faire l'unanimité. «C'est débile», juge même un président de syndicat de médecins en aparté.



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Lundi 14 Mai 2012 - 08:52 Mediator : le procès d'un scandale

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